Nom du Monument:

Ayla (Aqaba)

Localisation:

Aqaba, Jordanie

Date du Monument:

Ier siècle de l’Hégire (milieu du VIIe siècle J.-C.)

Période / Dynastie:

Islamique, pré-omeyyade

Description:

La cité islamique d'Ayla se trouve au centre d'Aqaba, port jordanien situé au fond du golfe d'Aqaba sur la mer Rouge. Pendant la période byzantine, lorsque le christianisme devint la religion officielle de l'Empire romain d'Orient, la ville fut une étape des pèlerins en route pour le mont Sinaï. Ses évêques assistèrent aux conciles de Nicée (325), de Chalcédoine (451) et de Constantinople (536). On pense par ailleurs que l'architecte du monastère de Sainte-Catherine dans le mont Sinaï au milieu du VIe siècle fut Stephanos d'Aila (dénomination romano-byzantine de la Ayla islamique).
Parmi les constructions byzantines dégagées lors de fouilles récentes figurent les murs de la ville et une église de la fin du IIIe-début du IVe siècle. Le mur en pierre de 3 m de haut a pu être retracé sur 125 m de long. Au nord de cette muraille s'élève un bâtiment monumental de 28 x 24 m en briques de terre qui était une église. Si cette identification et sa datation sont correctes, ce serait la plus ancienne église construite non seulement en Jordanie mais également dans toute la Terre sainte.
Les fouilles menées de 1986 à 1993 ont mis au jour, au sud de la cité byzantine, un établissement musulman du Ier siècle H (VIIe siècle J.-C.) qui avait été enfermé derrière une muraille de pierre de 165 x 140 m. Ce mur d'enceinte, de 2,60 m d'épaisseur et mesurant jusqu'à 4,50 m de haut, était défendu par une succession de tours en U. Au centre de chacun des côtés se dressait une porte, elle-même flanquée de tours semi-circulaires. De ces portes partaient des rues rectilignes qui se coupaient au centre, créant ainsi quatre quartiers. Le point d'intersection était matérialisé par un tétrapyle (arche à quatre voies), qui fut transformé en luxueux bâtiment résidentiel décoré de fresques dans la seconde moitié du IVe siècle H (Xe siècle J.-C.). Une mosquée de plan rectangulaire d'environ 55 x 35 m occupait le quartier nord-est, limité à son extrémité par un ruisseau de drainage.
Le sanctuaire se compose de deux nefs (riwaq) délimitées par deux arcades courant parallèlement au mur de la qibla. Sur les trois autres côtés de la cour se trouve une série de riwaq d'une travée de profondeur. Au centre du mur sud-est se trouvait jadis une niche profonde (mihrab) qui indiquait la qibla ou direction de la prière. Après le IIe siècle H (milieu du VIIIe siècle J.-C.), la mosquée fut agrandie et un nouveau suq (souk) construit à l'extérieur du mur sud-ouest, face à la mer.
Au tournant du Ve siècle H (XIe siècle J.-C.), Ayla connut le déclin et Baudouin Ier (r. 1100-1118), souverain du royaume latin de Jérusalem y arrivant avec 200 chevaliers en 509 H / 1116 J.-C., ne rencontra guère de résistance. Au cours du VIe siècle H (XIIe siècle J.-C.), la ville fortifiée fut abandonnée et un nouvel établissement apparut plus au sud, près de l'ancien château mamelouk.
Le plan orthogonal d'Ayla rappelle fortement les camps de légionnaires romains comme ceux de Lejjoun et Edroh en Jordanie méridionale. Un tel camp existait également dans la ville romaine d'Aila : celui de la Legio X Fretensis qui, vers 300, y fut transférée venant de Jérusalem. Ce camp a pu servir de modèle à la première Ayla islamique.
Le plan de la ville est un rare exemple de cité préislamique et éclaire l'organisation des villes-camps (amsar) fondées par les musulmans arabes pour servir de base à leurs campagnes militaires et à leur expansion territoriale. Malheureusement, il n'existe ni preuves directes ni plans de ces villes de garnison. Ce que l'on en sait vient essentiellement de sources historiques qui suggèrent des plans plus réguliers que ce que l'on pensait jusqu'alors.

View Short Description

Ayla se trouve au centre d’Aqaba, le port jordanien situé à la pointe nord-est de la mer Rouge. Un établissement fortifié musulman datant du Ier siècle H (VIIe siècle J.-C.) s’étend au sud d’une ancienne cité byzantine. Ses portes abritent des rues rectilignes qui se coupent au centre. Le plan orthogonal d’Ayla rappelle les camps de la légion romaine et éclaire sur l’organisation des villes-camps (amsar) fondées par les musulmans arabes pour servir de tremplins à une expansion future. Au tournant du Ve/XIe siècle, Ayla était en perte de vitesse et la ville fut abandonnée au VIe/XIIe siècle. Une implantation fut fondée par la suite plus au sud.

Mode de datation:

Sources historiques et fouilles archéologiques qui ont mis au jour des céramiques pré-omeyyades.

Bibliographie sélective:

غواتمة ، يوسف درويش ، أيلة (العقبة) و البحر الأحمر ، اربد ، 1984.
Parker, S. T., “An Early Church: Perhaps the Oldest in the World Found at Aqaba”, Near Eastern Archaeology, vol. 61, n° 4, 1998, p. 245.
Parker, S. T., “The Roman Aqaba Project: the 1997 and 1998 campaigns”, Annual of the Department of Antiquities of Jordan, XLIV, 2000, pp. 373-394.
Whitcomb, D., Ayla: Art and Industry in the Islamic Port of Aqaba, Chicago, 1994.
Whitcomb, D, “The Misr of Ayla: Settlement at al-Aqaba in the Early Islamic period”, in King, G. et Cameron, A. (éds.), The Byzantine and Early Islamic Near East II: Land Use and Settlement Patterns, Princeton, 1994, pp. 155-170.

Citation de cette page web:

Ghazi Bisheh "Ayla (Aqaba)" dans Discover Islamic Art. Museum With No Frontiers, 2018. 2018. http://www.discoverislamicart.org/database_item.php?id=monument;ISL;jo;Mon01;12;fr

Fiche rédigée par: Ghazi BishehGhazi Bisheh

Ghazi Bisheh is an archaeologist and former Director General of the Department of Antiquities of Jordan. He studied archaeology at the University of Jordan, and history of Islamic art and architecture at the University of Michigan, Ann Arbor, from where he holds his Ph.D. He was affiliated to the Department of Antiquities of Jordan for most of the period between 1980 and 1999, and was its Director General twice (1988–91 and 1995–9). He was also an associate professor of archaeology at Yarmouk University during the early 1990s. He is the author of numerous publications, including The Umayyads: The Rise of Islamic Art (Brussels: Museum With No Frontiers, 2000), of which he is a co-author. He has carried out excavation work both inside and outside Jordan in sites such as Qasr al-Hallabat, Madaba, Carthage and Bahrain. He is a member of the German Archaeological Institute and is the Deputy Director of the International Council of Museums for the Arab countries.

Édition: Mandi Gomez
Traduction par: Jacques Bosser (de l'anglais).
Édition: Margot Cortez

N° de travail MWNF : JO 12

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