
Grande Mosquée de Kairouan
dans la médina, Kairouan, Tunisie
221 de l’Hégire / 836 J.-C.
Omeyyade-abbasside
Ziyadat Allah Ier.
La Grande Mosquée de Kairouan a hérité de l'emplacement du premier oratoire musulman au Maghreb, édifié par Oqba ibn Nafi en 50/670. Après une rénovation conduite par Hassan ibn Nooman en 84/703 puis un agrandissement sous le gouverneur omeyyade Bichr ibn Safouane (103-109/722-728) et une autre rénovation sous Yazid ibn Hatem en 155/772, la mosquée est totalement reconstruite par les soins du prince aghlabide Ziyadat Allah Ier en 221/836. C'est alors qu'elle prit ses dimensions actuelles.
L'édifice s'inscrit dans un rectangle de 125 m de longueur et 75 m de largeur. Il est composé d'une cour et d'une salle hypostyle de 137 x 37 m, divisée en 17 nefs et 8 travées. La rencontre de la nef axiale et de la travée longeant le mur de la qibla détermine un carré au devant du mihrab. Ce carré est surmonté d'une coupole cannelée sur trompes en pierre sculptée dont les motifs en coquilles et rosaces polylobées s'inspirent du répertoire omeyyade. Le nombre considérable de colonnes et de chapiteaux antiques de la salle de prière et des galeries encadrant la cour constitue le plus grand musée de chapiteaux romains et byzantins jamais réunis dans un monument musulman. La couverture en charpente de bois de la salle de prière a conservé, malgré les restaurations successives aux VIIIe et XIe siècles H (XIVe et XVIIe siècles J.-C), de belles poutres remontant au IIIe siècle H (IXe siècle J.-C.). Leur décor végétal, composé d'un fruit lancéolé enveloppé de palmes symétriques, est d'inspiration hellénistique.
Le mihrab, qui date de l'époque de Abou Ibrahim Ahmed (247 H / 862 J.-C.), est coiffé d'une demi-coupole en bois peint de rinceaux et de feuilles à cinq lobes. La niche est meublée de 28 panneaux de marbre ajouré ou champlevé. Ce décor foisonnant contraste avec le cadre de la niche recouvert d'un damier de carreaux de céramique à reflets métalliques, datables du IIIe siècle H (IXe siècle J.-C.) et probablement d'origine irakienne.
Le minbar, également du IIIe siècle H (IXe siècle J.-C.), constitue la plus ancienne chaire à prêcher musulmane qui nous soit parvenue. Elle est faite de plus de 300 panneaux en bois de teck indien. Les sculptures sur bois combinent les influences byzantines et mésopotamiennes. À droite du minbar, la maqsoura, autre pièce en bois précieux remontant à al-Mouiz ibn Badis (Ve siècle H / XIe siècle J.-C), s'enrichit d'une calligraphie en coufique fleuri.
La cour entourée de galeries présente une coupole cannelée marquant l'axe de la galerie-narthex, œuvre de Abou Ibrahim Ahmed (247 H / 862 J.-C). En vis-à-vis, au centre du côté nord, se dresse le minaret de 32 m de hauteur. Sur une base carrée, trois étages superposés sont couronnés d'une coupole à cannelures. Son allure robuste n'est pas sans rappeler quelques phares romains ou clochers syriens. Tout aussi robuste est l'enceinte extérieure, hérissée de tours et de bastions, soutenue de larges contreforts et percée de portes avec des porches. Par ses dimensions et par l'authenticité de ses éléments architectoniques et décoratifs, la Grande Mosquée de Kairouan représente l'un des plus prestigieux lieux de culte de l'Islam.
Bâtie sur l'emplacement du premier oratoire musulman édifié au Maghreb par Okba ibn Nafi, la Grande Mosquée de Kairouan est ensuite rénovée par Hassan ibn Nooman, puis totalement reconstruite par le prince aghlabide Ziyadat Allah Ier.
La Grande Mosquée de Kairouan représente le plus ancien et le plus prestigieux lieu de culte dans l'Occident musulman. Son modèle architectural a servi d'exemple pour la plupart des mosquées ifriqiyennes jusqu'à l'arrivée des Ottomans. Par la diversité de ses formes et la richesse de son répertoire ornemental qui combine les influences byzantines et mésopotamiennes, elle incarne l'essentiel des éléments de l'école kairouanaise.
Sources historiques et épigraphiques ; al-Bakri, Description de l'Afrique septentrionale ; Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères.
Golvin, L., Essai sur l'architecture religieuse musulmane, Paris, 1970, pp. 133-149.
Lézine, A., Architecture de l'Ifriqiya, recherches sur les monuments aghlabides, Paris, 1966, pp. 11-52.
Maoudoud, K., Kairouan, Tunis, 1991, pp. 20-31.
Marçais, G., Manuel d'art musulman, 2 vol., Paris, 1926-1927, pp. 15-32.
Marçais, G., L'architecture musulmane d'Occident, Paris, 1954, pp. 9-22.
Mohamed Béji Ben Mami "Grande Mosquée de Kairouan" dans Discover Islamic Art. Museum With No Frontiers, 2026. 2026.
https://islamicart.museumwnf.org/database_item.php?id=monuments;ISL;tn;Mon01;2;fr
N° de travail MWNF : TN 02
RELATED CONTENT
Related monuments
On display in
Exhibition(s)
Download
As PDF (including images) As Word (text only)